Qu'est-ce qu'un verbatim d'entretien ?
Un verbatim d'entretien est la retranscription écrite des propos exacts tenus par une personne interrogée, restitués tels qu'ils ont été prononcés et non reformulés. En recherche qualitative, c'est le document texte issu de l'enregistrement, sur lequel s'appuient ensuite le codage, l'analyse thématique et les citations d'un mémoire, d'une thèse ou d'un rapport d'étude.
Verbatim, transcription, compte rendu : trois objets différents
Ces trois mots circulent souvent comme des synonymes, à tort. La distinction compte parce qu'elle détermine ce que vous avez le droit de faire du document.
- La transcription désigne l'opération : passer du son au texte. C'est le processus, pas le résultat.
- Le verbatim désigne le résultat lorsque le texte respecte les mots réellement prononcés. C'est une donnée de recherche, citable.
- Le compte rendu ou la synthèse reformule et condense. C'est un document de travail, utile pour restituer à un commanditaire, mais qui ne peut pas servir de source à une citation.
Autrement dit, tout verbatim est issu d'une transcription, mais toute transcription n'aboutit pas à un verbatim. Dès que vous corrigez la syntaxe orale, vous quittez le terrain du mot à mot et vous devez le signaler.
Ce que contient un verbatim exploitable
Un verbatim prêt pour l'analyse ne se limite pas au texte des répliques. Il porte aussi les éléments qui permettent de s'y repérer et de le citer.
- Un en-tête : code de l'entretien, date, durée, lieu ou modalité (présentiel, visio), profil du participant sous forme anonymisée.
- L'attribution des tours de parole : qui parle, à chaque prise de parole, y compris l'enquêteur.
- Des repères temporels : horodatages réguliers, qui permettent de revenir à l'audio pour vérifier une citation.
- Les conventions employées, rappelées en tête de document, pour que le lecteur sache lire vos parenthèses et vos crochets.
💡 Astuce : numérotez les tours de parole ou conservez les horodatages. Au moment de la rédaction, une citation référencée "E3, 00:24:10" se revérifie en dix secondes, alors qu'une citation sans repère vous oblige à réécouter l'entretien entier.
🎓 Vous cherchez plutôt la marche à suivre pour transcrire ? Ce guide porte sur le verbatim en tant que document. Pour la procédure complète, du fichier audio au texte relu, consultez notre guide transcrire un entretien de recherche : méthodes et outils.
Verbatim intégral ou verbatim épuré : lequel selon votre méthode ?
Le verbatim intégral conserve tout ce qui a été prononcé, hésitations, répétitions et relances comprises. Le verbatim épuré supprime les tics de langage pour ne garder que le contenu informatif. Le choix ne relève pas du confort de lecture mais de votre cadre méthodologique : dès que la forme du discours fait partie de l'objet analysé, l'épuration détruit de la donnée.
Le verbatim intégral, quand la forme est la donnée
En analyse de discours, en analyse conversationnelle et en sociolinguistique, la manière de dire est l'objet même. Une hésitation avant de répondre, une reprise, un mot avalé sont des indices interprétables. Les supprimer revient à effacer les résultats avant de les avoir lus.
Le verbatim intégral conserve donc les amorces de mots, les répétitions, les marqueurs comme "enfin" ou "voilà", les rires et les silences, ainsi que les relances de l'enquêteur. Ces relances comptent : une réponse obtenue après une question fermée n'a pas le même statut qu'une réponse spontanée, et sans elles le lecteur ne peut pas juger de l'effet du dispositif d'enquête sur ce qui a été dit.
Le verbatim épuré, quand le contenu suffit
En analyse thématique, en étude de marché, en entretien RH ou en recherche utilisateur, vous cherchez ce qui est dit, pas comment. Un verbatim épuré retire les faux départs et les tics, corrige éventuellement la syntaxe la plus accidentée, et gagne fortement en lisibilité, ce qui accélère le codage.
La règle est alors la suivante : l'épuration porte sur la forme, jamais sur le sens. Retirer un "euh" est légitime. Supprimer une hésitation qui traduisait une gêne, lisser une contradiction, fusionner deux réponses ou raccourcir une phrase qui devient plus affirmative que l'original, non.
| Critère | Verbatim intégral | Verbatim épuré |
|---|---|---|
| Hésitations et répétitions | Conservées | Supprimées |
| Silences, rires, chevauchements | Notés | Non notés, ou signalés a minima |
| Relances de l'enquêteur | Toujours transcrites | Souvent conservées, parfois résumées |
| Syntaxe orale | Respectée telle quelle | Régularisée sans changer le sens |
| Lisibilité | Faible | Élevée |
| Méthode adaptée | Analyse de discours, analyse conversationnelle | Analyse thématique, étude de marché |
⚠️ Attention : l'épuration est irréversible si vous ne gardez pas l'audio. Conservez toujours l'enregistrement source aussi longtemps que votre protocole et votre information aux participants l'autorisent. Si votre question de recherche évolue en cours d'analyse, c'est votre seul moyen de revenir à l'intégral.
Quelles conventions de retranscription adopter ?
Il n'existe pas de norme unique de retranscription en sciences humaines et sociales. Chaque équipe, chaque laboratoire et chaque discipline retient un jeu de symboles et le documente. L'exigence réelle n'est donc pas d'utiliser telle notation plutôt que telle autre, mais de fixer la vôtre avant de commencer et de l'appliquer de façon identique à tout le corpus.
Les notations les plus répandues
Les usages courants en recherche francophone convergent sur quelques conventions simples, que l'on retrouve d'un guide méthodologique à l'autre sous des variantes proches.
- Les silences : notés entre parenthèses, soit sous forme de mention (silence), soit avec une durée approximative pour les pauses longues.
- Les éléments non verbaux : entre parenthèses également, comme (rires), (soupir) ou (hésitation).
- Les passages incompréhensibles : signalés par [inaudible], idéalement avec l'horodatage, pour pouvoir y revenir.
- L'insistance : marquée par des majuscules ou par une syllabation, quand le participant appuie fortement un mot.
- Les chevauchements : indiqués par des crochets ouvrants placés au point exact où la seconde voix commence, sur les deux lignes concernées.
- Les interventions du transcripteur : toujours entre crochets, par exemple [l'entreprise] à la place d'un nom retiré, pour que le lecteur distingue vos ajouts des propos réels.
La notation Jefferson, pour l'analyse conversationnelle
Quand l'objet d'étude est l'interaction elle-même, ces conventions simples ne suffisent plus. La notation Jefferson, développée pour l'analyse conversationnelle, formalise le détail de la parole : pauses chronométrées au dixième de seconde, marquage précis du début et de la fin des chevauchements, allongements de sons, montées et descentes d'intonation, enchaînements immédiats entre tours de parole, inspirations et expirations audibles.
Ce niveau de finesse a un coût de production élevé et ne se justifie que si vous analysez le déroulement de l'interaction. Pour une analyse thématique classique, il alourdit le corpus sans rien apporter. Si votre travail s'inscrit dans ce cadre, appuyez-vous sur le système de notation retenu par votre discipline plutôt que sur une version approximative.
✅ Votre feuille de conventions, à rédiger avant le premier entretien :
- Codes des participants : format retenu (E1, E2) et rôle de l'enquêteur (ENQ ou Q).
- Symboles : liste fermée, avec un exemple d'usage pour chacun.
- Niveau de fidélité : intégral ou épuré, et ce que vous vous autorisez à corriger.
- Horodatage : fréquence retenue, par exemple à chaque tour de parole ou toutes les cinq minutes.
- Anonymisation : ce qui est remplacé, par quoi, et où se trouve la table de correspondance.
Exemple de verbatim : version intégrale et version épurée
L'écart entre les deux traitements se voit mieux sur un extrait qu'il ne s'explique. L'exemple ci-dessous est un dialogue fictif, écrit pour l'illustration : il ne provient d'aucune enquête réelle et ne contient aucun nom véritable.
Version intégrale (extrait illustratif, conventions simples)
ENQ : Est-ce que vous pouvez me raconter une journée type ?
E3 : Alors euh (silence) une journée type, c'est... c'est jamais vraiment pareil en fait. Je, je commence vers huit heures et demie, enfin huit heures et demie neuf heures, ça dépend.
ENQ : D'accord.
E3 : Et euh (rires) le matin c'est surtout les mails, voilà, les mails, et puis après y a la réunion d'équipe, enfin quand elle a lieu quoi.
ENQ : Quand elle a lieu ?
E3 : Ben (silence) elle saute souvent [en ce moment.
ENQ : [Ah d'accord.
Version épurée (même extrait)
ENQ : Est-ce que vous pouvez me raconter une journée type ?
E3 : Une journée type n'est jamais vraiment pareille. Je commence entre huit heures et demie et neuf heures, ça dépend.
ENQ : D'accord.
E3 : Le matin, c'est surtout les mails, puis la réunion d'équipe, quand elle a lieu.
ENQ : Quand elle a lieu ?
E3 : Elle saute souvent en ce moment.
Ce que l'épuration a fait disparaître
La seconde version est nettement plus lisible, et pour une analyse thématique portant sur l'organisation du travail, elle suffit largement : le contenu est intact.
Mais quatre éléments ont disparu. L'hésitation initiale et la reprise "je, je" signalent une difficulté à répondre, comme si la question de la journée type était elle-même problématique. Le rire accompagnant "les mails" oriente l'interprétation, entre plainte et distance ironique. Le "quoi" final marque un registre familier qui situe socialement la parole. Enfin, le chevauchement montre que l'enquêteur réagit avant la fin de la phrase, ce qui a pu écourter la réponse.
Aucun de ces éléments n'est neutre pour une analyse de discours. Tous sont superflus pour un tableau de thèmes. C'est exactement ce que recouvre le choix entre intégral et épuré.
Combien de temps coûte réellement un verbatim ?
Produire un verbatim à la main est généralement estimé entre 4 et 6 heures de travail par heure d'audio, avec un ratio plus élevé pour un transcripteur débutant ou pour un verbatim intégral finement annoté. Ce chiffre est un ordre de grandeur, pas une constante : il dépend du débit de parole, de la qualité sonore, du nombre d'intervenants et du niveau de détail exigé.
Ce qui fait varier le ratio
Les guides méthodologiques francophones convergent sur cette fourchette tout en soulignant sa variabilité. Scribbr, par exemple, distingue le professionnel expérimenté du transcripteur étudiant, avec un écart d'environ un tiers entre les deux. Un retour d'expérience publié sur le carnet de recherche du logiciel Sonal mesure, sur un cas précis, un temps de travail d'environ 5,8 fois la durée de la bande, en insistant sur le fait que ce chiffre est illustratif et non prescriptif.
Quatre facteurs pèsent lourd sur ce ratio.
- La qualité de l'enregistrement : un micro éloigné ou un fond sonore vous oblige à réécouter les mêmes secondes plusieurs fois.
- Le nombre d'intervenants : un entretien collectif ou un focus group multiplie les chevauchements à démêler.
- Le vocabulaire : sigles, noms d'institutions et jargon professionnel exigent des vérifications ponctuelles.
- Le niveau de notation : chronométrer des pauses au dixième de seconde n'a rien de comparable avec la saisie d'un texte épuré.
Le calcul à faire avant de lancer votre terrain
L'erreur classique consiste à planifier les entretiens sans budgéter la transcription. Sur une enquête de quinze entretiens d'une heure, la fourchette manuelle représente 60 à 90 heures de saisie, soit plusieurs semaines de travail effectif. Cette charge tombe presque toujours au pire moment, entre la fin du terrain et le début de l'analyse.
La transcription automatique déplace cet effort sans le supprimer. Le brouillon arrive en quelques minutes, et le temps restant se concentre sur la vérification, la correction du vocabulaire spécialisé et l'annotation selon vos conventions. Vous ne supprimez pas la relecture, qui reste la garantie de fiabilité de vos citations, mais vous supprimez la frappe.
📊 Ordres de grandeur pour 1 h d'audio
Repères de planification, à ajuster selon votre corpus.
*Fourchettes issues de guides méthodologiques francophones. Le temps de relecture dépend trop du corpus et du niveau de notation pour être annoncé comme une valeur unique.
RGPD et anonymisation des verbatims
Un verbatim d'entretien contient des données personnelles dès lors que le participant est identifiable, directement ou par recoupement. Il entre donc dans le champ du RGPD, ce qui impose une information claire des participants, une base légale pour le traitement, une durée de conservation définie et des mesures de sécurité proportionnées.
Avant l'entretien : informer et recueillir le consentement
Le participant doit savoir ce qui sera fait de sa parole avant de la donner. Une notice d'information et un formulaire de consentement écrit couvrent en général la finalité de la recherche, le fait que l'entretien est enregistré, les traitements prévus sur l'enregistrement, la durée de conservation de l'audio et du verbatim, les personnes qui y auront accès et les modalités d'exercice de ses droits.
Mentionner explicitement le recours à un outil de transcription est une bonne pratique, et souvent une exigence des comités d'éthique. Cela évite d'avoir à revenir vers les participants en cours d'analyse.
Anonymisation ou pseudonymisation : la nuance qui compte
Les deux termes sont fréquemment confondus, alors qu'ils n'ont pas les mêmes conséquences juridiques.
- La pseudonymisation remplace les identifiants par des codes (E1, E2, E3) mais conserve une table de correspondance. Les données restent des données personnelles au sens du RGPD, puisque la réidentification est possible.
- L'anonymisation supprime définitivement toute possibilité de réidentification, table de correspondance comprise. Elle fait sortir le verbatim du champ du règlement, mais elle est irréversible et souvent difficile à atteindre réellement sur un corpus qualitatif riche.
Dans la pratique, la plupart des enquêtes travaillent en pseudonymisation pendant l'analyse, puis anonymisent les extraits publiés. Pensez au recoupement : un poste rare, un secteur précis et une localisation suffisent parfois à identifier une personne dans un petit milieu professionnel, même sans son nom.
✅ Éléments à neutraliser dans un verbatim :
- Noms de personnes, y compris ceux des tiers cités par le participant.
- Employeurs, établissements, services et intitulés de poste très spécifiques.
- Lieux précis, jusqu'au quartier quand le milieu est restreint.
- Dates et événements singuliers permettant un recoupement.
- Détails biographiques uniques, comme un parcours atypique ou une pathologie rare.
Où passent vos fichiers audio
Confier un enregistrement à un outil de transcription est un traitement de données à part entière. Trois points méritent d'être vérifiés avant de déposer le fichier : la localisation des serveurs, la durée de conservation des fichiers par le prestataire, et l'usage éventuel de vos données pour l'entraînement de modèles.
AudiosTranscribe traite les fichiers sur une infrastructure hébergée en Europe et supprime l'audio après traitement, ce qui limite la surface d'exposition de données d'enquête sensibles. Le sujet mérite un examen complet, que détaille notre guide sur la transcription audio et le RGPD.
⚠️ Attention : anonymisez le verbatim, mais ne perdez pas la trace de l'audio source pendant la durée autorisée. Une citation contestée se défend en réécoutant le passage. Un corpus anonymisé trop tôt et coupé de son enregistrement devient invérifiable, y compris par vous.
Quelles erreurs éviter sur un verbatim ?
Les défauts les plus fréquents ne viennent pas de la technique de saisie mais de décisions prises trop tard ou jamais formalisées. Ils se paient au moment de l'analyse, quand le corpus est déjà constitué et qu'il est trop tard pour reprendre.
Les six erreurs classiques
- Reformuler sans le dire. Corriger la syntaxe orale est parfois légitime, mais un document présenté comme un verbatim doit indiquer son niveau de fidélité.
- Changer de conventions en cours de corpus. Vous perdez alors la comparabilité entre entretiens, et donc la possibilité de traiter le corpus comme un ensemble.
- Supprimer les relances de l'enquêteur. Sans elles, impossible de distinguer une parole spontanée d'une réponse induite par la question.
- Citer sans réécouter. Une transcription non vérifiée peut inverser une négation ou attribuer une phrase au mauvais locuteur, ce qui change radicalement le sens.
- Anonymiser à moitié. Retirer le nom et laisser l'employeur, la ville et le poste ne protège personne dans un milieu restreint.
- Négliger la qualité d'enregistrement. Tout ce qui n'a pas été capté correctement se paie en heures de réécoute, quelle que soit la méthode de transcription.
Le réflexe qui fait la différence
Rédigez un protocole de transcription d'une page avant le premier entretien, et traitez chaque enregistrement au fil de l'eau plutôt qu'en bloc à la fin du terrain. Vous gardez le contexte en tête, ce qui accélère nettement la correction, et vous évitez l'accumulation qui rend la phase de transcription décourageante.
Pour la partie strictement technique du passage du son au texte, notre méthode complète pour transcrire de l'audio en texte détaille les formats, les réglages et les étapes.
Verbatim d'entretien : les points à retenir
Le verbatim n'est pas une formalité entre le terrain et l'analyse. C'est la donnée elle-même, et les décisions que vous prenez à ce stade déterminent ce que vous pourrez démontrer ensuite.
- Choisissez le niveau de fidélité selon votre méthode, pas selon le confort de lecture. Intégral quand la forme est analysée, épuré quand seul le contenu compte.
- Fixez vos conventions par écrit avant le premier entretien et tenez-les sur tout le corpus, sans quoi vos entretiens ne sont plus comparables.
- Traitez l'anonymisation comme une exigence méthodologique, pas comme une case à cocher : le recoupement identifie plus souvent que le nom.
- Ne citez jamais sans avoir réécouté le passage exact, quelle que soit la méthode de production du verbatim.
Le temps que vous ne passez plus à taper, vous le rendez à l'analyse et à l'interprétation, qui sont le vrai travail. Testez AudiosTranscribe gratuitement pour obtenir le premier jet de votre prochain verbatim, ou découvrez notre outil de retranscription d'entretien pensé pour les chercheurs et les chargés d'études.